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  • : Timothée Duverger
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  • : Bienvenue sur mon blog. Je suis doctorant en histoire contemporaine au CEMMC (Bordeaux 3), auteur de "La décroissance, une idée pour demain" (Sang de la Terre, 2011) et de "Le Parti socialiste et l'écologie" (Fondation Jean Jaurès, 2011), ancien Vice-président étudiant et administrateur de l'Université Bordeaux 3 où je suis aujourd'hui élu au Conseil scientifique, et Conseiller Général suppléant de Villenave d'Ornon (33).
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Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /Jan /2010 09:48

Castoriadis, lecteur de Marx

Par Philippe Caumières, docteur et agrégé de philosophie

 

« Actualité de la pensée de Marx et nouvelles pensées critiques »,

Espace Marx le 02/12/09

 


castoriadisCornélius Castoriadis s'estime placé devant le choix d'être marxiste ou révolutionnaire. Pourtant, le marxisme est inévitable pour qui s'intéresse à la société. Dès lors, il se demande: comment lire Marx? Michel Henry propose de différencier le corpus de Marx de ce qui s'est fait en son nom. Toutefois, Derrida invite à ne pas séparer les deux, car cela reviendrait à oublier tout le pan pratique qui correspond à sa philosophie. Castoriadis pense de même. À la différence de Lukacs ou de Michel Henry, il ne croit pas en un marxisme orthodoxe et établit une exigence de confrontation à la réalité, une recherche sur le sens le plus profond de la pensée de Marx. Depuis Marx, pensée et pratique sont profondément liées.

 

Castoriadis analyse la révolution de 1917 comme une révolution prolétarienne qui a dégénéré. Il lit Marx à la fin des années 1950 – début des années 1960. Économiste averti, il travaille pour l'OCDE car il est grec et n'a pas de papiers. Pour Marx, le capitalisme est une contradiction mortifère, sa fin interne est irréversible. Or, l'expérience ne montre ni baisse du taux de profit, ni prolétarisation absolue ou relative, ni cycle de surproduction, etc. Les prémisses, la méthode et la structure de la pensée économique de Marx sont fausses. Castoriadis développe 4 arguments:

  • la stabilité économique liée à la régulation étatique du capitalisme depuis 1929;

  • l'amélioration du niveau de vie;

  • la hausse de la consommation soutenue par l'activité de l'État qui transforme le mode de vie ouvrier;

  • les syndicats ne sont plus révolutionnaires, aucun parti n'est dominé par la classe ouvrière.

=> Ce qui revient à une destruction de la socialisation et à une privatisation des individus. Or les marxistes refusent de reconnaître ces faits. Leurs analyses se focalisent sur les rapports économiques.

 

Castoriadis s'intéresse à l'histoire effective. Pour Marx, les lois de l'histoire déterminent la fin du capitalisme. Il présuppose que les ouvriers sont une marchandise comme les autres, c'est ce que Castoriadis lui reproche. Le taux de plus-value est le degré d'exploitation de la force de travail par le capital. Marx écrit que les ouvriers luttent pour éliminer la plus-value, ce qui est inséparable du maintien du salariat. On s'attaque aux effets, non aux causes. Castoriadis note ainsi que, si le raisonnement est formellement logique, il est faux car il suppose que le niveau de vie reste constant. Cette erreur vient du fait de considérer la force de travail comme une marchandise, alors qu'elle dépend aussi de la réaction des ouvriers. L'homme n'est pas une machine, on ne peut objectiver le nombre de calories nécessaires à son travail. Or les ouvriers ont tendance à être réifiés par le capitalisme (loi d'airain des salaires de Ferdinand Lasalle). Le taylorisme impose une division verticale du travail qui nie la singularité des hommes: on ne peut pourtant pas les obliger à la répétition d'un geste pensé indépendamment d'eux. L'individu ne serait qu'un rouage, ce qui est physiologiquement absurde. Les ouvriers s'adaptent, créent des manières de procéder qui corrigent cette aspect. La planification du travail est un problème que peuvent régler les grèves du zèle, simple application des consignes.

 

Il importe donc de ne pas distinguer les tâches de conception des tâches de fabrication. La gestion ouvrière est une mise à mal de l'organisation de la société car elle produit de l'autonomie. Si pour Marx le domaine de la liberté ne commence qu'au-delà du domaine de la nécessité, pour Castoriadis il faut mettre de la poésie dans le travail et non séparer abstraitement les deux. Marx est prisonnier de l'idéologie scientiste qui veut faire de l'économie une science. Castoriadis lui participe au séminaire de Lacan: concernant les hommes, on ne peut espérer être exact.

 

Chez les pré-modernes, qu'est-ce qui vient d'abord? L'acte de production ou les rites religieux? Pour Marx, seul l'élément économique est structurant, Castoriadis dénonce cette unidimensionnalité propre au capitalisme. On ne peut séparer un soi-disant réel de soi-disantes illusions, il ne faut pas oublier la dimension symbolique du social. Claude Lefort explique que chez Marx et Engels, la division du travail se fait à partir d'un partage des sexes. Mais le genre est une construction sociale, ce n'est pas un élément naturel, il leur manque le symbolique. De même, le fait de produire, c'est déjà du socio-culturel. Il y a deux tendances hétérogènes chez Marx:

  • élément révolutionnaire de sa pensée: la mise en avant de la praxis visant à détrôner la distinction entre pensée et pratique. L'histoire se fait avec la praxis, elle est heuristique et unit réflexion et action;

  • mais son appréhension totale de la société le conduit parfois à voir des lois de l'histoire et de l'action humaine et à céder au scientisme. Selon Althusser, 1943 est de ce point de vue une date charnière: les œuvres du jeune Marx humaniste s'opposent au Marx scientifique.

Au final, Marx est un grand penseur qui pense au-delà de ses moyens, il est prisonnier de ce qu'il dénonce.

Publié dans : Conférences
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